Les enfants de Weln II.

Le groupe se mit en route sans plus de discours. Tous réfléchissaient à la signification de ses disparitions, et tous soupçonnaient les Louves Falwen sans pouvoir l’avouer.

Ils avaient décidé, sans avoir besoin d’en parler, que la meilleure chose à faire était de prendre conseil auprès des Guerrier-mages Dolk. Ils ne pouvaient envisager d’échouer, en Weln quelqu’un savait et les Dolk, doués de la lecture des pensées, pouvaient les aider.

Ils se présentèrent face au désert et vérifièrent leurs gourdes, puis sans un mot avancèrent d’un même pas sur le sable. Leur union s’était faite par la force des choses, ils se craignaient et en même temps avaient beaucoup de respect les uns pour les autres. Tous se remémoraient la loi de Weln qui prenait tout son sens en cet instant : le destin de tous est Un.

Ils étaient liés. Et au cours de la première nuit, chacun avait pris sa place au sein du groupe : Sébilaine l’amazone tenait à marcher en tête, Jaelix le chevalier la talonnait de prêt. Fennir le vampire se pressait derrière eux et Jouron le prince, qui tenait à les garder à l’œil, fermait la marche. Alors que le soleil jaillissait tout au bout des dunes interminables. Sébilaine leur apprit que le village des Guerrier-mages Dolk était protégé d’un puissant sortilège d’illusion, et que les voyageurs qui le cherchent peuvent tourner des jours entiers à proximité, sans le voir.

« Si c’est le cas, je le saurais dit le vampire. Mes yeux voient ce que les vôtres ne perçoivent pas. Seulement ils risquent de brûler si je ne m’enfouit pas dans le sable dès à présent.»

« Nous ne pouvons nous arrêter ! » protesta le Chevalier.

« Je peux vous rejoindre dès la nuit tombée. » Affirma le Vampire.

« Alors, gardez votre salive, ou vous ne nous serrez d'aucune utilité ! » Gronda le Prince Ours.

Lorsque la nuit arriva, Fennir les rejoint par le ciel et leva les yeux vers les étoiles et déclara :

« Vous avez dévié sur votre droite. Continuez ainsi et dans deux jours vous ferez demi-tour ! » Observant leurs visages rageurs, il s’empressa d’ajouter :

« Ce sera plus facile maintenant. Le désert est un piège mortel pour ceux qui s’y aventurent à la légère, de nuit au moins nous pourrons nous orienter avec les étoiles. »

Ils continuèrent jusqu’au petit matin puis décidèrent de faire enfin une pause et de dormi. Lorsque le soleil dépassa son zénith, Jaelix les réveilla et leurs dits :

« Le soleil aussi est un bon guide, la mer des Dolk est plein Sud ! »

Ils continuèrent leur route et enchainèrent sur la nuit. Le vent se leva et fennir eut du mal à les rejoindre. Ils avaient continué à marcher et rien ne semblait pouvoir les arrêter. Fennir qui n’était pas un guerrier savait qu’il ne pourrait se mesurer à eux plus longtemps :

« Je crois qu’il me faudrait voler jusqu’à la mer, vous savez à présent vous guider aussi bien de nuit que de jour, je ne vous suis d’aucune utilité, je pense qu’il faut que l’on se quitte. »

Tous se regardèrent interrogateurs, puis Jouron prit la parole :

« Nous poursuivons la même quête, nous devons continuer ensemble ! » Sébilaine demanda :

« Peux-tu supporter le soleil et sa chaleur ? » Fennir haussa la tête :

« Je suis faible lorsque ma peau ne reçoit pas les bienfaits de la lune, je n’ai pas de keris pour me guider sans elle, et je dois garder les yeux fermés. »

Il était dépité. Jouron s’exprima encore de sa grosse voix :

« Nous te porterons ! Il nous faut rester ensemble, c’est la seule chose à faire ! »

Les autres approuvèrent et c’est ainsi que tour à tour ils aidèrent le Vampire, Fennir sixième. Au soir, alors que Sébilaine venait de le poser pour qu’il prenne le relais, elle lui demanda :

« Pourquoi, Fennir sixième. Les vampires ont des chiffres comme noms ? » Fennir s’empressa de répondre :

« Non, non, c’est juste que nous sommes sept à servir Le grand Magistrat ! » Jaelix se permit d’ajouter :

« On dit que depuis la guerre certains d’entre vous cherchent à devenir autonome. Ils se feraient appeler le peuple sombre ? » Fennir reconnu humblement :

« Nous préférons que notre nombre soit faible pour que la peur que nous inspirons le soit aussi. Limités sont ceux qui renonceraient à la protection de nos montagnes.» Ce à quoi Jouron grommela :

« Jamais je ne renoncerai à me métamorphoser, même pour voir le soleil, j’aime inspirer la crainte. Je suis un guerrier protecteur de Weln et j’en suis fier. »

Il avait bombé le torse et les regardait tous de haut. Fennir ressentit le désir du Chevalier et de l’Amazone de mettre au défi le Prince, aussi il s’empressa de dire :

« Vous êtes tous très braves et vous n’avez pas à rougir de votre passé. Notre clan à pour origine un intrépide Chevalier Crinière et sa dulcinée une Amazone Carapace, si nos racines sont nobles, notre évolution est, depuis trop longtemps, source d’angoisses. Les légendes sont ainsi, elles déforment certains traits ! »

Il leva les bras en signe de repentir puis indiqua les étoiles pour qu’ils le suivent ce qui mit fin à leur conversation pour un temps. Après leur repos du petit matin, juste avant que Jaelix ne reprenne Fennir sur son dos, il lui dit à voix basse :

« Vancelas, votre Grand Magistrat n’est pas au courant que son fils a disparu, n’est-ce pas ? » Alors Fennir avoua, tout en notant que Sébilaine et Jouron faisaient semblant de ne pas écouter :

« Lyf n’a pas vu son père depuis son deuxième anniversaire. C’est un brave garçon, qui aime la bagarre, aussi il allait souvent au village les soirs sombres pour jouer avec ceux de son âge, j’aimerai comprendre son geste avant de le dénoncer. »

Après plusieurs jours de marche, ils en savaient beaucoup plus sur chacun. Il parait que le désert est le meilleur réceptacle des secrets de Weln. Ils y déposèrent leur pierre : Ils apprirent qu’Elryne ne voyait pas non plus très souvent son père. Elle était une petite fille espiègle, qui courrait dans tout le château. Il leur avait fallu beaucoup de temps, avant d’être sûr qu’elle avait disparu, elle aimait énormément jouer à cache-cache pour que sa mère en vienne à demander à un guerrier-mage Dolk de la retrouver. Jouron lui non plus ne connaissait pas bien sa sœur, il avait trop de peine pour son frère et ne cherchait plus à s’attacher. Ils apprirent que Léna, la dernière petite fille des amazones avait été recueillie auprès d’une paysanne qui n’avait pas le temps de s’en occuper. Elle était venue elle-même confier l’enfant. Sébilaine leur dit que lorsqu’elles avaient remarqué son absence, elles avaient cru qu’elle était retournée chez sa mère, mais cette dernière n’avait pas de nouvelle d’elle. Sébilaine était la meilleure pisteuse de son groupe, elle connaissait Léna, mais n’avait pas encore eu la chance qu’on lui confie une enfant. Ils apprirent aussi qu’Emgild préférait les études, au cours de combats. Il dissertait tout le jour sur le bien-fondé de l’exercice physique et trouvait toujours une parade aux faits de devoirs s’entrainer. Lorsqu’il avait disparu, il devait se faire raser le crâne afin de mettre en forme sa future crinière. Jaelix devait avec d’autres Chevaliers, veillés à la santé des enfants. C’est lui qui préparait le repas du soir et faisait les gardes de jour. Lorsqu’Emgild avait disparu, il était de garde et en était tenu pour responsable. Il ne pourrait reprendre son poste que lorsqu’il aurait ramené l’enfant. Alors, Fennir perça l’abcès :

« Vous ne pensez pas qu’une Louve ait pu les prendre ? » Il croisa le regard de Jouron et de Jaelix, et sut tout de suite qu’ils pensaient comme lui, mais Sébilaine se fâcha :

« Les Louves ! Elles nous amènent des enfants, jamais elles ne nous les enlèvent ! »

Alors Fennir se fit plus diplomate avant que Jouron et Jaelix ne s’en mêlent :

« Oui, elles aiment les enfants, mais tous ici nous savons que c’est surtout à vous qu’elles en apportent. Certes les autres clans déplorent moins de disparitions depuis qu’elles sont là, mais tout de même vous vous réservez encore le droit de prélever dans les familles. »

Fennir savait que le sujet était, comme le lui disait souvent son propre père : chaud, brulant ! Et il craint que Sébilaine ne sorte les armes, aussi il se dépêcha d’ajouter :

« L’équilibre de Weln est la clé, et il semblerait que ce dernier doit être remis en balance par ces événements qui touchent tous nos clans. Aussi, il est normal de penser que les Louves Falwen ont quelque chose à avoir avec ça, mais c’est sans nul doute pour le bien de Weln, je le répète, il nous faut comprendre, c’est tout. » Sébilaine regardait ses mains et Jouron se permit de prendre sa défense :

« Mes sœurs Amazones participent à la protection de Weln. Personne n’a à commenter leurs actes. » Alors, Jaelix se dit qu’il devait lui aussi intervenir :

« Les Louves nous apportent aussi leur soutien. Sans elles, les Chevaliers Crinière disparaitraient. Il a été difficile au roi Dovon d’accepter l’égalité entre ses princes et nos propres troupes, mais maintenant l’équilibre est revenu en Weln et ses disparitions ne sont certes, pas là, pour nous monter les uns contre les autres. »

Tous méditèrent ses paroles. Ensemble, ne faisaient-ils pas la preuve que leurs clans pouvaient s’entendre ? Les Dolk, le peuple le plus sage de Weln, pourraient très certainement leur en apprendre plus sur les raisons de ses disparitions et, ils l’espéraient tous, permettre de retrouver les enfants...

Prochainement : Les enfants de Weln III

Sandre TOARiiN mai 2008

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