Zombis

Les zombis c’est pas comme on croit. Ça parle encore, ça fait des bruits bizarres et ça bouge lentement, mais ça parle. Y en a plein, je les vois et je les évite comme je peux, mais des fois je suis obligé de me tenir très très près d’eux. Heureusement je ne les attire pas, ils n’essaient pas de me mordre. Ils me ronflent dessus parfois.
Au début, j’avais vraiment très peur, je ne savais pas si la Morbozombie pouvait se transmettre par l’air. C’est le nom que j’ai donné à leur maladie, je suis certain que c’est un virus un truc dans le genre. J’arrête pas de les observer, mais ça ne m’avance pas à grand-chose. Le plus étrange, c’est qu’ils se mordent aussi entre eux. Au cas où ils ne soient pas déjà complètement morts ? Je ne sais pas. Je comprends rien, ça me tourmente, je ne veux pas devenir comme eux et je suis certain qu’à force, à long terme, ça va m’arriver si je trouve pas un moyen de comprendre comment éviter cette horreur.
Ça à commencer un soir de pleine lune, j’avoue, je préfèrerai me coltiner des loups-garous plutôt que des zombis. La lune ne doit être qu’une coïncidence, à moins qu’elle m’ait permis de voir ce qui était déjà là avant, mais que je n’avais pas réalisé.
Je suis rentré, j’ai posé mon sac et je suis allé voir dans le frigo s’il y avait quelque chose pour moi. En refermant la porte, il était là, mon premier zombi ! Il me regardait la tête penchée, les bras ballants, le teint livide. Il a émis un grognement comme s’il tentait de parler pour la première fois hors de sa tombe. J’ai eu tellement peur que j’ai couru hors de l’appart, mais dans le couloir un autre s’est retourné sur moi. Il avait à la main une bouteille cassée, il tentait de la boire et cela ne le dérangeait pas qu’il n’en sorte rien. Ses yeux étaient blancs, sa peau distendue à tel point que je voyais ses gencives qui retenait péniblement trois ou quatre dernières dents. J’ai fait demi-tour. J’ai fermé la porte, puis je me suis enfermé dans la salle de bain.
Pourquoi la salle de bain ? Ben pour l’eau, je pense. De quoi boire et tenir trois jours au moins. Ça sentait le propre aussi et j’avais vraiment besoin que ça sente bon.
Le premier que j’ai croisé sentait tellement mauvais, ça m’a coupé l’appétit. Du coup je m’apprêtais à tenir un siège, surtout que ça s’est mis à gratter à la porte, mais je me suis dit que ça ne servait à rien de me rendre prisonnier moi-même. Personne n’allait venir, les zombis avaient déjà dû se rependre partout, à moins que ce ne soit une émergence spontanée. C’est là que j’ai compris qu’effectivement ils n’étaient pas sortis d’un cimetière, ils étaient apparus d’un coup. Les gens s’étaient transformés un point c’est tout, et il me fallait en mesurer les dégâts.
J’étais convaincu de ma théorie aussi lorsqu’il n’y a plus eu de bruit, j’ai osé me glisser dans le couloir pour faire une inspection. J’avais pris la tringle du rideau de douche et j’avais bien l’intention d’empaler le premier qui tenterait de m’approcher, quand je les ai entendus discuter. Ils parlaient ! J’étais sur le cul ! Ils marmonnaient lentement des phrases sans queue ni tête, ils hochaient la tête et continuaient à faire semblant d’échanger des informations. Il m’est apparu clairement que ce n’était qu’un simulacre, une farce qu’ils voulaient crédible.
Ils ne faisaient pas attention à moi, aussi je suis sorti et prudemment j’ai observé. Ils étaient bien partout. Comme si le monde en un instant avait attrapé la mort, une lente décrépitude, une maladie de putréfaction sur corps encore vivants. Cette affection rendait tout porteur, puant, lent et inaudible : des Zombis, des êtres venus d’outre-tombe qui veulent se venger des vivants en maudissant leurs existences ! Définition plausible quand on cherche à avoir une vue romantique des choses. Mais là non, ils s’approchaient plus de celle du dictionnaire : personne avec un air absent dépourvu de volonté. Le truc c’est qu’ils n’étaient pas complètement sans volonté puisqu’ils continuaient à agir, mais ils le faisaient sans qu’il y ait la moindre joie dans leurs actions.
Ils faisaient la cuisine, ils conduisaient leurs autos, allaient au travail, mais en boucle. J’ai vu des zombis tenir en laisse des carcasses de pauvres bêtes, d’autres immobilisés au beau milieu de la rue par manque d’essence, qui heureusement n’avaient pas l’idée d’ouvrir leur fenêtre et continuaient à se décomposer, tout en ayant l’air d’attendre de partir en vacances ! Ils se parent d’ornements pour faire croire qu’ils valent quelque chose, mais ça c’était déjà d’actualité avant...
Dans l’appartement à côté du mien, une grosse dame s’essuie les mains sur son tablier, prépare des tartes dans des moules vides. Elle s’essuie encore et toujours, à présent, elle ne doit plus avoir de vêtements, bientôt elle s’ôtera la chair et lorsqu’elle en sera os contre os, cuisinera-t-elle encore ?
Les Zombis, c’est vraiment pas comme on les voit à la télé. Ils ressemblent plus à des automates qui suivent comme des moutons les sons qui les distraient un instant de leurs tâches aberrantes. Ils viennent vers moi si je fais grincer une pierre sur une tôle, ou si je hurle, mais après ils repartent comme si de rien n’était. J’ai tenu le coup, c’était le week-end, j’ai prié pour que tout redevienne comme avant, j’ai cherché sur internet des informations, explications ou preuve qu'il y ai d'autres survivants, rien.
J’ai tout éteint en découvrant des corps décharnés s’agitant l’un sur l’autre comme des chats des rues pelés, rongés par une gale galopante, irréversibles et je n’en doute pas transmissible à l’homme. Une Zoonose généralisée serait-elle à l’origine de cette Morbozombie ? C’est probable.
Je m’accroche à la thèse de la maladie, je rejette l’option liée aux conditions environnementales, voire gouvernementales, qui attendent de nous : "aphatie, boulimie et xénophobie" d’après les dires de mon seul ami sur le net, injoignable depuis qu’il m’a écrit qu’il y avait des signes évidents de je cite : « volonté de conserver le cercle vicieux des inégalités ».
Y a-t-il un homme ou une femme à l’origine de tout ça ? Dans la tradition vaudou, c’est un sorcier qui réveille les zombis et les dirige. En fait, ce doit être une poignée d’hommes et de femmes, pour avoir réussi à tous les transformer d'un coup !
Si ça se trouve, à force de distance entre les gens, de leur méchanceté à cause de leur ignorance, il ne reste plus que des décérébrés : les zombis, et ceux qui tentent encore de réfléchir. C'est pourquoi je m’interroge, encore et encore, mais cela ne change rien. Je suis là au milieu d’eux et je me demande si je suis encore vivant.
Pendant ces deux jours, j’ai bien dû me poser la question cent fois : et si c’était moi qui étais atteint ? Aurais-je absorbé un poison qui obscurcit ma vue et ralentit tout autour de moi ? Si un médecin m’examinait, dirait-il que j’en suis un aussi ?
Mon aspect ne diffère pas d’eux, je suis pâle (mais bon, c’est parce que je déteste prendre des coups de soleil), j’ai des vêtements souvent déchirés (je n’aime pas les fringues neuves, je suis pour le recyclage même si : "ne pas acheter, tue le marché" tant pis j’ai pas de sous autant que je m’habitue dès à présent), au final il ne me reste plus que mes facultés mentales ! C’est peut-être la clé. Je me suis regardé dans la glace, moi je n’ai pas changé, moi je ne pue pas. Je peux courir, je peux changer mon ton de voix, casser des choses, écrire, lire, eux ne réagissent plus. Ils s’obstinent comme des marionnettes, insensibles à tout et à tous.
Qu’est-ce que je vais devenir ?
J’ai décidé de garder mes habitudes. Le temps, le temps sans doute, me permettra de sortir de cet enfer. J’ai repris mon train habituel. Puisqu’ils ne veulent ni me manger ni rien me dire de cohérent, que je n’en sais pas assez en médecine ou en économie pour changer quoi que ce soit, que mon ami n'écrit plus et que je n’ai trouvé personne qui ait été épargné, tant pis, c’est lundi, je retourne à l’école !

Sandre TOARIIN Octobre 2014

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