Clones

-La loi autorisant le clonage des animaux vient de passer, Monsieur Suzuka, votre réaction ?

-Je suis très content, cette loi tombe à point pour régler bien des problèmes, et elle arrive en même temps qu’une autorisation moins connue, mais tout aussi utile, celle sur la décérébration.

-Vous dites "utile", vous voulez dire qu’elle l’est dans le processus de clonage ?

-Bien évidemment, imaginez les conteneurs qui vont servir d’incubateur et de matrice tout au long du développement des baleines, croyez-vous qu’ils seraient assez résistants aux charges intempestives de ces géants voulant trouver plus d’espace ? Non, non, il faut être raisonnable, cloner des animaux disparut pour permettre l’alimentation des plus touchés par la crise, c’est une chose, mais faire souffrir ces bêtes, en aucun cas ! Nous n’avons pas signé pour ça.

-Vous voulez dire que les animaux en question seront dociles et ne poseront pas de problème ?

-C’est tout à fait exact. Ils n’auront pas conscience de leur environnement, ils ne souffriront d’aucune façon, vu que leur cerveau ne sera pas relié au reste de leur corps. La décérébration est une avancée notoire dans la protection animale, plus de souffrance, plus de violence, nous élevons des masses alimentaires saines de corps et d’esprit, si je puis dire.

-Mais qu’en est-il des espèces réimplantées ?

-Oui. Bien évidemment cela ne s’applique pas à elle. Reprenons le cas des baleines, deux pour cent seront des clones entièrement libres. Élevées au-dessus des ponts immergés des habitations, elles seront aussi source de découverte pour les nouvelles générations. Un peu de technique, si vous me permettez. Pour les animaux d’élevage, nous utilisons un transfert de noyau de cellule embryonnaire. Grâce à l’Archem, projet mis en place dès les années 2000, par anticipation des crises que nous venons de traverser, nous avions sauvegardé un certain nombre d’embryons de toute espèce. Ses embryons, issus de la fécondation, vont donner naissance à un grand nombre d'individus génétiquement identiques, et, par période, vont être relâchés. Les autres embryons, issus de la fécondation de cellule d'adultes ne serviront qu’au réapprovisionnement en nourriture et matière première, si je puis dire. En résumé, nous ne mangerons que des adultes déjà créer pour être mangés. Nous relâcherons des petits, issus de véritables parents.

-Pourquoi cette distinction ?

-Hum. Ce serait trop long à vous expliquer, sachez que c’est une meilleure façon de renouveler des individus sur le long terme. L’avenir sera de nouveau peuplé de baleines qui, avec le temps, pourront s’adapter aux températures actuelles et aux autres problèmes.

-C’est le moins que nous pouvons faire, après que nos prédécesseurs aient vidé les océans.

-Effectivement, effectivement, ne pas reproduire les erreurs du passé, aller de l’avant c’est notre devise. Vous savez tout comme moi, que même lorsque nous savons où nous allons il est un point de non-retour, faire demi-tour et dans ce cas : arrêter d’exploiter les mers aurait précipité l'île dans la famine un peu plus tôt. Aussi que faut-il choisir, l’homme ou l’animal ? Aujourd’hui nous avons des réponses, grâce à l’Archem nous savons réparer ce que l’on peut voir comme nos tords du passé.

-Monsieur Suzuka, parlons d’hommes justement, qu’en est-il des autorisations concernant le clonage reproductif humain ?

-Celui des animaux est un premier pas, nous savons tous les intérêts de ce mode de clonage : avoir des jumeaux ou des triplets, aiderais grandement à la reprise de la démographie. Sans compter que lorsque nous avons un fœtus sain autant pratiquer le clonage afin de répandre par mère porteuse cet individu dans des pays ayant, comme vous le savez, une population aux tares génétiques irréversibles. Nous attendrons que la loi passe. Actuellement nous sommes concentrés sur la décérébration. Lorsque tous seront rassurés sur ses qualités, nous pourrons envisager la production d’individu réservoir, pour une meilleure existence.

-Vous l’envisagez pour l’être humain ?

-Bien évidemment, éviter les souffrances et un de nos leitmotive.

-Revenons sur l’action de décérébrer, ne serait-elle pas une façon d’ôter l’âme ?

-Allons, nous savons tous que le vivant est animé de simple courant électrique ! La chimie nous guide, c’est elle qui détermine même nos pensées! Il n’y a rien d’autre ! Regardez ce que nous avons fait des personnes atteintes d’autismes comme de nos détenus. Les réussites dans la transformation des flores intestinales pour une meilleure adaptation des inadaptés, ne sont-elles pas des preuves suffisantes de ce dont nous parlons ? Ne vous inquiétez pas d’autres en sont convaincus.

-Donc, la prochaine étape est de débrancher le cerveau afin que le corps cloné puisse être utilisé comme générateur d'organes, sans que cela ne pose problème. C’est l’objectif de vos recherches ?

-Tout à fait.

-Nous savons que ce genre de recherches n’étant pas interdites dans tous les pays, il y a déjà eu des précédents.

-Oui et je n’en parlerai pas plus, ce n’est pas ma partie. Moi je me préoccupe de sauver des animaux qui a leurs tours sauvent des hommes. Les élevages de bétails ont longtemps caché leurs actions, à présent que la loi leur donne raison, ils affichent fièrement leurs utilisations du clonage. Je dois rappeler que grâce à eux nous avons évité des pertes humaines bien plus importantes que celles que nous avons supportées ces dernières années. La famine est une plaie. À présent que notre population se rapproche des chiffres de l’an mille, nous devons tout mettre en œuvre pour la préserver. Vous n’êtes pas sans savoir que le Japon est passé de 130 millions à 7 millions d’habitants et cette proportion s’applique à tous les autres pays ! Il était temps de réagir.

-Le clonage vient aussi répondre à une question d’environnement et de main d’œuvre.

-Oui. Nous n’avons plus de terrain pour les pâturages, nous devons, sur très peu d’hectares, élevés en grand nombre. La déconstruction des infrastructures abandonnées avance lentement. La mer, elle, est un des derniers lieux suffisamment épargné et si vaste que nous avons là notre terre d’élevage toute trouvée !

-Pour reprendre votre exemple des baleines, le personnel n’a plus besoin d’affronter la mer.

-C’est exact. Les anciens bateaux ont été recyclés pour fabriquer les cuves d’incubation, celles-ci sont amarrées dans nos ports, bénéficiant de l’eau qui circule en permanence dans un système de recyclage, entrant et sortant, afin de donner tout ce qu’il faut à ces baleines, essentielles pour le redressement économique de tout le pays.

-Pensez-vous vraiment que deux pour cent suffiront à repeupler les océans ?

-C’est un investissement calculé. Plus, il ne servirait à rien. Nous savons que la plupart vont mourir rapidement, mais si nous sommes réguliers dans nos tentatives, nous avons espoir que certaines pourront sortir des bassins de protection et s’en sortent. Dans leurs gênes, elles ont le souvenir des migrations de leurs ancêtres, alors tout est possible.

-Pour ceux qui ne croient pas que nous sommes le simple produit de combinaisons chimiques et électriques, ces baleines auront-elles une âme ?

-Je vais vous dire la vérité : la mémoire ! Il est là, le vrai siège de l’âme. Pas dans notre esprit qui croit se souvenir de telle ou telle autre chose, non. L’âme c'est ce qui réside dans cette mémoire transgénérationnelle qui se trouve dans notre corps, en permanence encodée par ce qui nous constitue le plus : l’eau ! S’il y a une chose qui va nous sauver, et que nous avons bien fait de préserver dans l’Archem, ce sont toutes les sortes de gênes. En un seul d’entre eux se trouve toute l’expérience des passés. À présent que nous savons décoder et encoder l’eau, imaginez ce qu’elle va nous raconter !

-Mesdames et Messieurs, c’était Monsieur Suzuka en direct de la cité Shimizu.

Sandre TOARIIN Juin 2013

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