Le collecteur

À l’affût de la dernière feuille qui devait tomber de l’arbre. Il ne réagit pas à l’approche de la voiture, mais lorsqu’il vit le papier s’envoler, il se figea. Il ne se précipita pas, malgré son envie excessive d’agir. Il observa le véhicule passer, il vit le vent faire tourbillonner ce petit bout blanc, la fumée s’échapper du pot d’échappement…
À l’instant où il toucha le sol, il s’élança comme une flèche, évitant de justesse un autre véhicule, mais capturant sa proie avec panache comme il savait le faire depuis si longtemps. Une prise de plus, se dit-il, satisfait. Il s’élança ensuite dans le ciel au maximum de ses moteurs. Visionna, le parcours de l'engin, et découvrit émerveillé, un nouveau message lancé dans les airs attendant qu’il intervienne. Il se jeta sur lui, tel l’aigle. Fit un redressement de dernière minute des plus acrobatique, et, enivré par sa figure, tourna sur lui-même en reprenant de l’altitude. C’était un jour faste, un jour comme il les aimait tant, son concepteur serait fier de lui en voyant le produit de sa surveillance. Une récolte riche en formes et en couleurs, des éléments autrement sensibles qui racontaient tous des choses de la plus haute importance, il en était persuadé comme peut l’être une machine à laver qui fait rouler son tambour le plus vite possible. Il était incrusté dans ses puces que son travail était de la plus haute importance. Il était un maillon de la chaîne, indispensable au bon fonctionnement de la société humaine. Un jour, peut-être serait-il choisi parmi tous ses collègues, qui comme lui, œuvraient dans l’ombre, peut-être serait-il l’élu, et trouverait-il une place honorable dans le sanctuaire dédié aux progrès terriens ? Comment avait-il conscience qu’un tel lieu existait ? Il ne pouvait l’expliquer.
Faire sa collecte lui faisait éprouver toujours une sorte d’extase et là, le lieu lui apparaissait : blanc immaculé. Pour l’heure, le bolide dont il n’oublierait plus jamais la plaque d’immatriculation s’enfonçait dans la nuit. Il le suivit sans se faire remarquer. La discrétion était dans son code comme la survie dans les gênes d’un loup. Lorsque le conducteur eut regagné son antre et éteint toutes les lumières, l’engin rejoint, serein, sa base. Il s’approcha du conteneur adéquat pour déposer sa prise, mais ce dernier ne voulut pas s’ouvrir. Était-il en panne ? Il ne se posa pas la question. Il réagit au protocole de non-conformité, émit une onde et le signal qui fit venir celui qu’ils nommaient le bidouilleur. Ils se nommaient entre eux par déchiffrage de code-barre, qui ne donnait pas des chiffres, mais bien une suite de lettres. Ils avaient des noms et cela leur procurait des sensations positives en ce sens qu’elles étaient en accord avec ce qui leur donnait de l’énergie. Le bidouilleur fit un relevé. Le conteneur fonctionnait parfaitement. Il se tourna vers le collecteur, introduisit sa prise dans l’emplacement assimilé à une tête et refit ses calculs. Il s’illumina. Transposa la réponse en lignes déchiffrables, cela disait à peu près ça : objet n’appartenant pas au maître. Stockage dans ce conteneur impossible. Le collecteur comprit parfaitement. Il se dirigea vers la cave aux objets intraitables. Il déposa sa prise. S’octroya un rechargement, qui lui procura un agréable trop-plein : des félicitations. Puis il se remit en chasse. Longtemps, il fut heureux de son sort, mais un jour la cave fut pleine. Il se mit à tourner en rond. Il vivait une boucle créée par l’impossibilité de continuer sa tâche, ajoutée à celle tout aussi impossible, de s’arrêter. Au bout de la troisième boucle, le message : contacter le bidouilleur émit directement l’onde appropriée. Et ce fut à nouveau l’heure d’un check-up salvateur. La solution était traduite : rapporter. Objets collectés à leur propriétaire.
Et c’est ainsi qu’un petit matin, en ouvrant les yeux, celui qui possédait un véhicule dont l’immatriculation était inscrite sur la liste du collecteur, trouva son appartement rempli de toutes les choses, qui jour après jour, avaient négligemment été jetées dans la nature !

Sandre TOARiiN mai 2014

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